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Tarnation
 
 

23/11/2004
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Etymology: alteration of darnation, euphemism for damnation
: DAMNATION — often used as an interjection or intensive; often used with in “tarnation strike me — James Joyce”, “where in tarnation you from? — Jessamyn West”

(Mais le titre du film est tiré du nom d’un groupe de Rock.)

Imaginez un gamin un peu perturbé qui dès l’âge de 11 ans se met à se filmer avec une caméra, à s’enregistrer et à fixer son image et celle de son entourage sur tous les supports. Et c’est vrai que plus les années s’égrainent et plus il est possible de trouver des gens dont l’existence a pu potentiellement être filmée depuis les premières échographie « en live » et pendant toutes les périodes de la vie. Pour le réalisateur-producteur-scénariste-acteur de cette œuvre biographique extraordinaire c’est une démarche un peu moins banale puisqu’il a trente ans et un an, et qu’il s’est approprié une caméra pour se filmer lui-même tout môme dès 1983.

Il s’agit donc d’un OVNI cinématographique qu’on se prend en pleine poire, et j’y ai été particulièrement sensible. Tout commence par un plan sur ce mec, Jonathan Caouette, une espèce de beau mec avec un air à la Robbie Williams (et à la JP), qui se filme dans un moment de déprime et de crise d’angoisse car sa mère ne va pas bien. On comprend qu’elle souffre d’une maladie psychiatrique assez grave. Le mec de Jonathan lui fait un câlin pour le consoler (ah il est homo ?!), et Jonathan entreprend de raconter son histoire à travers ses images.

On trouve alors un patchwork d’images, de photos, de vidéos, de messages de répondeur, d’une bande-son d’une foisonnante richesse (très rock, il faut que folkfurieuse en parle !!) qui forment au final un ensemble extrêmement homogène. Cette œuvre aurait autant pu être dans une expo à Beaubourg qu’à l’UGC tant la recherche artistique sur la forme est extraordinaire. Quand on voit que les producteurs exécutifs sont Gus Van Sant et le brillant John Cameron Mitchell (auteur de mon fétiche : « Hedwig and the angry inch »), on comprend bien ce qui a pu les motiver dans ce projet. En effet, « Tarnation » est à la fois un délire queer et fantaisiste mais aussi une fable adolescente à fleur de peau, et un opéra rock dramatique.

L’histoire débute par l’annonce de l’overdose au lithium de sa mère, et donc par là, le récit de l’histoire de Jonathan… celle de la rencontre de ses grands-parents, de la naissance de sa mère et de ses premiers problèmes psychologiques qui ont été « soignés » par des électrochocs qui l’ont rendu encore plus malade des années durant. Et puis, vers l’âge de 11 ans, Jonathan commence à se filmer, et comme tous les mômes il se met à jouer devant ce miroir rémanent, ou bien à shooter sa famille et à ainsi conserver des bribes de vie familiale. On perçoit tout de suite la fragilité de l’enfant, et en même temps son talent incroyable (la première « scène » qu’il interprète m’a scotché à mon siège), on ressent son besoin de capturer le réel pour mieux l’apprivoiser.

Le film prend alors une tournure très biographique, puisqu’il raconte son histoire au travers de ses essais de vidéastes amateurs, en même temps qu’il raconte en voix off quelques moments de son existence (notamment lorsqu’il a été placé dans des familles d’accueil). L’homosexualité n’y est pas largement évoquée, mais elle tient une part importante malgré tout dans le récit, puisqu’il l’évoque dès l’adolescence en tant qu’élément majeur de son développement.

Mais surtout Jonathan Caouette évoque sa mère et son rapport avec elle. Elle est de plus en plus déphasée et en décalage avec sa personnalité originelle, et cela affecte aussi beaucoup son fils. L’amour (réciproque) qu’il lui voue est un des sentiments qui passent le plus limpidement dans ce film. Il évoque aussi ses propres problèmes psychologiques, entre la maladie de sa mère, ses névroses liées à son éducation et aux épreuves qu’il a traversées, mais aussi une affection psychiatrique réelle. En effet, Jonathan a fumé deux joints à 11 ans avec non seulement de la marijuana, mais aussi une molécule (genre LSD) qui lui a bousillé un peu les méninges, de sorte qu’il vit (et voit) sa vie comme dans un rêve, et est incapable de se concentrer. On comprend alors aussi mieux la manière dont il réalise son film.

J’ai été touché par cette œuvre troublante à plusieurs niveaux. D’abord c’est un récit poignant dans le fond et autant singulier que superbe dans la forme. Et puis, l’homosexualité et la famille névrotique sont forcément des notions qui me parlent. A un moment, il se pose aussi un problème que moi-même j’ai ressassé dans le rapport à la folie. En fait, il se demande s’il va devenir fou, et s’il va lui aussi perdre complètement la boule. Il y a cette angoisse qui l’étreint, comme j’ai cette sourde crainte de devoir aussi un jour faire face à ces démons familiaux qui font que deux tantes, un oncle et mon père sont mabouls.

Jonathan se pose aussi l’intéressante question de son propre travail et de sa démarche, et j’ai trouvé cela particulièrement intelligent et pertinent. Est-ce que c’est complètement dingue de s’être filmé comme cela pendant des années et d’en faire un film ? Ou bien est-ce que c’est au contraire ce qui l’a sauvé de la folie ?

Ce support de ses névroses est-il une catharsis ou une camisole ?

Bon, inutile de dire qu’il faut que vous alliez le voir… Vous comprenez aisément que j’ai adoré. J’y suis allé seul, et ça m’a plongé dans un drôle de cocon tout le dimanche soir. D’ailleurs je suis rentré à pied, et je ne me suis même pas rendu compte du trajet, j’ai avancé comme un zombie sur ce chemin que je connais par cœur. C’est ce même soir que j’ai écouté « Vive la fête » en boucle. Humm, tiens ce n’était pas innocent ça finalement (mais l’ai-je cru un moment ?).


.::Matoo
   
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