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L'esquive
 
 

09/03/2005
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J’ai profité de sa rediffusion en salle, suite à sa récente césarisation, pour voir ce film que j’avais lamentablement manqué. Le César était peut-être une récompense un peu disproportionnée, mais au final, je comprends qu’on veuille donner à ce film une plus grande visibilité que celle qu’il a eu à l’origine. En effet, c’est un excellent film, et une œuvre qui vaut vraiment le coup d’être vu et apprécié à sa juste valeur.

Côté comédien, j’ai eu à peu près le même réflexe que tout le monde. Sara Forestier crève l’écran et est vraiment excellente. Pour les autres, on est plus dans le registre docu-drama, même si Osman Elkharraz, en plus d’être une future bombe, m’a paru assez bon.

L’histoire tient dans un mouchoir de poche, mais ce n’est pas pour moi l’élément central du film. Nous sommes dans une téci de banlieue dotée de tout ce qu’il y a de commun avec son univers en vase clos, ses rites et ses codes. On suit des groupes de potes et copines. D’un côté Krimo qui vient de larguer sa copine, et qui s’intéresse à Lydia, une fille un peu délurée qui met toute sa passion dans l’interprétation d’un rôle de Marivaux. Krimo va jusqu’à briguer un rôle dans la pièce montée par l’école, juste pour se rapprocher de Lydia. Tout le monde s’en mêle et l’intrigue se complique, comme cela arrive seulement dans ces cités.

Le film se déroule dans une cité, et j’y ai vraiment retrouvé ma propre expérience. Cela me fait dire que c’est filmé avec un certain réalisme. En effet, principalement ce sont des gens qui zonent toute la journée, des gens qui sont enfermés dans un endroit et qui n’ont rien à faire que de palabrer et de se fréquenter. Il est donc naturel que l’intrigue très réaliste du film porte sur une histoire d’amour entre deux personnes. En effet, lorsqu’un groupe de gens est dans un lieu et qu’il n’y a rien à faire, c’est à peu près la seule occupation qui reste. On peut aisément rapprocher ces comportements de ceux des nobles de la monarchie absolue ou bien aux anglais du 19ème siècle avec des intrigues aux « liaisons dangereuses » ou bien aux romans de Jane Austen. Ces œuvres où des gens oisifs ne s’occupent que de leur histoires de cœur et de cul car c’est la seule chose dont ils peuvent se préoccuper. Et bien sûr, les cancans sont maîtres, tout le monde se mêle des affaires de tout le monde, et le moindre événement est monté en épingle jusqu’au drame.

Le langage est extrêmement chiadé avec un lexique des banlieues complètement codifié et tribalisé. Les dialogues sont extraordinaires et souvent drôles dans l’utilisation décalée de certains vocables, et des expressions idiomatiques des plus exotiques (« je te jure sur le Coran de la Mecque »). Je suppose que mes parents n’en comprendraient pas la moitié. Moi c’est passé, même si je donne ma langue au chat sur certains mots arabes (depuis des années que je ne suis pas retourné au bercail, les mots ont changé). De toute façon, on finit par s’y habituer et à comprendre très bien avec le contexte. Plus qu’une déformation, c’est quasiment devenu un créole avec un rythme de langage qui est un vecteur de communication aussi important que son contenu propre.

Et ces palabres qui durent trois plombes et qui saoulent au bout de trente secondes… L’agressivité qui filtre aussi à travers ces dialogues en forme de joutes est flippante, mais la plupart du temps il ne s’agit que d’une affirmation de soi. On a vraiment envie de leur dire d’arrêter leur tchatche, et je me rappelle tellement des conversations similaires quand j’étais au collège, et ça me gonflait déjà totalement ! Mais de la même manière que les Valmont faisaient des circonvolutions avec leur phrasée, et qu’ils discourraient pendant des heures pour ne rien dire, ces cailleras de téci ont une attitude similaire. Il faut juste se dire que c’est un code et une manière de communiquer, et le film le montre très bien.

Du coup, la rencontre entre ce milieu défavorisé et Marivaux est un choc des cultures. Le réalisateur a eu un culot monstre de montrer cela, et ça fonctionne à merveille. Le modèle social de la pièce échappe complètement aux filles et garçons, alors que c’est justement le message qui devrait les toucher. Evidemment, on a droit aux n scènes comiques où les répétitions avec une prononciation des banlieues fait forcément sourire. Et de même pour les interprétations de chacun sur le sens profond du théâtre. Mais dans le fond, ils aiment vraiment cela, et c’est crédible dans le film, ce à quoi je n’aurais jamais cru avant.

J’ai noté une chose qui m’a vraiment choqué du début à la fin, mais c’est une triste réalité que personne n’ignore. La misogynie qui règne dans la cité est banalisée de manière désespérante. Autant les filles que les mecs partagent ces credo néanderthaliens sur les meufs, et le résultat fait peur. En outre, les scènes de violence ne sont pas nombreuses mais m’ont bien secoué. Là encore, j’ai eu des flash-backs de dingue et je me suis souvenu de cette peur sourde qu’on peut alors ressentir. La crasse bêtise d’autrui avec la loi du Talion et celle du plus fort comme seul règlement de la cité instaurent une « drôle » d’ambiance dans cette jungle.

Le film fait remarquablement sentir la nature des relations entre les personnes, et ce prétexte de pièce de Marivaux réconcilie probablement avec beaucoup de subtilité ce monde de la cité et celui de l’extérieur. Je me suis amusé à lire les critiques des spectateurs d’AlloCiné et évidemment cela va du pinacle au pilori. On en a de tous les genres, et surtout on voit les gens qui sont choqués qu’un film au langage si peu soutenu puisse obtenir une telle récompense. Je pense qu’ils n’ont vraiment rien compris, et c’est malheureux qu’ils ne puissent pas plus mettre les choses en perspective.

Encore une fois, ce n’est pas une émission « Striptease » ni un chef-d’œuvre monumental, mais un OVNI qui mérite le détour. On comprend aussi bien le métier d’enseignant dans cet environnement, et cela ne donne pas envie de s’y frotter. Mais au milieu de ce bilan relativement triste et pessimiste (que feront-ils donc de leurs vies ?), ce film apporte une petite lueur d’espoir avec cette pièce de théâtre, et puis aussi une autre chose pour moi. En effet, l’amour est encore là, et lorsque c’est le cas, rien n’est alors complètement perdu.


.::Matoo
   
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