Un film de Hideo Nakata
Pays d'origine Japon
Durée 1h38
Sortie en France 26/02/2003

Avec
Hitomi Kuroki (Yoshimi Matsubara)
Rio Kanno (Ikuko Matsubara (5 ans))
Mirei Oguchi (Mitsuko Kawai)
Asami Mizukawa (Ikuko Matsubara (16 ans))

Scénario Yoshihiro Nakamura et Ken-Ichi Suzuki
Musique Kenji Kawai
Production Takashige Ichinose
Distribution Diaphana Distribution, France




 

Dark Water
(Dark Water)
 
Histoires d’eau
 

07/03/2003
Indiscutablement, l’Asie est en train d’écrire une nouvelle grammaire de la peur. Surpassant une Amérique enlisée dans ses sempiternelles histoires de serial-killer et leurs pauvres parodies pour adolescents, une vague de films impressionnants de terreur et de beauté, nous arrivent de Japon ou de Corée depuis quelques années. Ils redéfinissent en profondeur un des genres les plus populaires du cinéma en leur insufflant notamment une dimension plastique et sensorielle tout à fait exceptionnelle. Depuis le succès colossal de "Ring", Hideo Nakata s’affirme comme le chef de file incontesté de ce mouvement. Son dernier film, "Dark water" s’avère à la hauteur de ses précédents succès, ce qui suffit à en situer le niveau. L’entremêlement de l’effroi et de l’inventivité poétique atteint encore ici un sommet.

L’immeuble hanté

Le film est absolument inracontable et se vit, à l’image de « Ring », comme une expérience qui imprimera d’autant plus la mémoire du spectateur, qu’elle s’ancre dans le champ du quotidien et des angoisses ordinaires.
On se bornera juste à en donner le point de départ. Une femme divorce et emménage dans un nouvel immeuble avec sa jeune fille de 6 ans. Yoshimi, la mère, nous est donnée d’emblée comme un personnage tourmenté par de vieilles névroses et des plaies mal refermées. Sa vulnérabilité constitue le point d’entrée pour l’instauration d’un climat de tension. Des détails, insignifiants au début puis progressivement inquiétants, s’agencent et commencent à former un terrifiant puzzle. La clé principale en est une fuite d’eau qui prend forme dans le nouvel appartement de la mère et la fille. L’eau, élément simple et fondamental s’il en est, devient alors le vecteur de propagation de l’angoisse de Yoshimi, qui comprend peu à peu quelle malédiction étrange hante cet immeuble. Ses propres cauchemars ressurgissent et ne s’apaiseront qu’au prix d’un terrible renoncement.

L’enfance abandonnée

Au contraire de "Ring" qui jouait sur la dialectique technologie / spiritualité, si prégnante au Japon, "Dark water" fascine par son épure et sa transformation d’une banale angoisse moderne (une femme seule doit élever sa fille dans un univers désincarné et froid) en parabole tragique. La terreur de l’enfant abandonné à la sortie de l’école constitue un thème finalement très peu utilisé par le cinéma d’horreur au contraire d’autres peurs enfantines (comme la peur de l’obscurité). Une fillette qui attend, en vain, ses parents devient le réceptacle de toutes les angoisses du monde.
A partir de ce traumatisme initial, peut alors se déployer une trame fantastique, qui emprunte parfois des chemins classiques mais sans jamais se départir de son souci esthétique (la pluie constante et oppressante notamment).

Comme toujours chez Nakata, les effets faciles et directs du gore sont bannis au profit d’une suggestion de tous les instants (par la musique, par le mystère furtif de l’image et par le sens de l’ellipse).On pense aussi à "Shining", pour le rôle essentiel tenu par l’enfance et par un plan saisissant d’un ascenseur qui déverse son eau. Mais par delà cette référence au labyrinthe mental conçu par Kubrick, Nakata poursuit son exploration des peurs primales et indicibles enfouies chez chacun d’entre nous. Par le miracle de sa mise en scène, il parvient à faire des sentiments d’abandon, de solitude et de perte, les éléments constitutifs d’un film de terreur. On ne peut que saluer cette leçon de cinéma.


.::Samuel
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