De Christophe Ferré
Édité par Flammarion
Sortie en France 10/01/2005




 

Paradis Turquoise
(Christophe Ferré)
 
Le moteur de la star ac.
 

09/12/2005
Cette petite bouffée de littérature française se poursuit par la lecture du dernier bouquin (mais qui date du début d’année) de Christophe Ferré. Il s’agit là d’un roman assez court, mais qui recèle beaucoup de qualités. Et pourtant, j’ai eu un peu peur au début car le style est un peu cahotant et le récit a du mal à décoller. Mais petit à petit, j’ai été gagné par la plume de l’auteur, et conquis par son art de la narration. A cela s’ajoute une intrigue dont la portée est plus large que la simple anecdote, et dont les échos retentissent longtemps après qu’on ait fermé le livre.

Erostate

L’auteur construit son histoire et son discours (parce que le roman est aussi un véritable manifeste sociologique) sur un mythe grec, et ça évidemment, c’est une chose à laquelle je suis très sensible. J’ai ainsi appris l’histoire d’Erostrate, un jeune éphésien qui, au IVe siècle av. JC, a mis le feu au temple d’Artémis pour devenir célèbre. Il fut condamné à mort, et surtout on décida d’interdire à quiconque de prononcer son nom afin de ne pas voir son objectif se réaliser. Force est de constater que le mythe a survécu à la mise à l’index…

Tout pour être célèbre

Christophe Ferré s’interroge dans son livre, à partir de ce mythe (ou fait historique ?), et par son personnage principal, sur cette course effrénée à la célébrité dans notre société. Alors évidemment, on pense (et il évoque) à la téléréalité dont les évolutions sont de plus en plus stupides mais dont la montée en puissance est évidente (ainsi que les ravages). Et cette envie qui sourd en chacun de nous, cette envie d’être connu et reconnu, et la frustration conséquente à l’échec de cette quête de célébrité. L’auteur va plus loin en se référant à une célébritose qui peut devenir noire lorsque comme Richard Durn (le tueur de Nanterre), on donne la mort pour se sentir important et gagner sa part de « célébrité ».

L’écrivain étaye ses dires en racontant l’histoire de Marcellin. Son héros, anti-héros par excellence, est un personnage assez commun et minable, dont le désir d’être célèbre le consume complètement. Il va alors jusqu’à fomenter des agressions de personnes connues pour se faire connaître à son tour de ce gotha dont il est tant jaloux. Avec une grinçante ironie du sort, Christophe Ferré décrit les tourments internes de Marcellin et la manière dont ses plans homicides se terminent en fiasco. On assiste alors à un Vil Coyote qui essaie de piéger Bip Bip avec la même ironique inefficacité.

Comme je l’ai dit précédemment, le style de l’écrivain se transforme au fur et à mesure du livre, et d’un récit assez convenu, il arrive à des passages d’une lucidité et d’une force fascinantes. Et on sent que ce sujet lui tient à cœur, qu’il a voulu dénoncer et mettre en perspective cette maladie d’Erostrate à l’échelle de notre société. Il y a arrive avec une manifeste habileté, et à un certain moment vient forcément cette question : « Et moi dans tout cela ? ».

:: Le blog de Matoo ::
.::Matoo
©Chroniscope : 2000-2017
Conception/design : Jean Bernard | Programmation PHP/Mysql : Fabien Marry | Articles : Sophie | Martin | Anne | Sébastien | Jean | Fabien | Oli | Dan | Samuel | Virae | Antoine
Les avis exprimés sur le site n'engagent que leur(s) auteur(s) | Mentions légales